Les problèmes de voiture

L'arrivée de triplés pose certains problèmes d'organisation matérielle dont l'un des plus important est le transport, en août 1997, la chasse à la solution était ouverte, voici d'une manière littéraire comment cela s'est passé.

 

- Bonjour, Neeves.
- Bonjour, Monsieur.

Neeves posa doucement la bonne vieille tasse de café sur ma table de chevet, et je bus une gorgée revigorante. Le café, comme d'habitude, était parfait. Pas trop chaud, ni trop sucré, ni trop léger, ni trop fort, pas trop de lait, et pas une goutte de renversée dans la soucoupe. Un type vraiment épatant, ce Neeves. Si fichtrement compétent à tout point de vue. Je ne me lasse pas de le répéter. Tenez, un exemple entre mille. La plupart des valets que nous avons eus à notre service faisaient irruption dans ma chambre le matin alors que je dormais encore, ce qui était extrêmement pénible ; tandis que Neeves semble deviner par une sorte de télépathie quand je suis réveillé. Il entre toujours, à la manière aérienne, avec son plateau, exactement deux minutes après mon retour à la vie consciente. Ca fait une sacrée différence dans la journée d'un quidam.

- Quel temps fait-il, Neeves ?
- Exceptionnellement beau, Monsieur.
- Quelque chose dans le journal ?
- On parle de quelques troubles dans les Balkans. Sinon Rien.
- Dites donc, Neeves, en rentrant du club je me suis procuré un de ces sièges pour enfant dont il me semble que nous aurons besoin.
- Oui. Monsieur.
- Et croyez le ou non, je n'ai pu qu'à grand peine le faire entrer dans la Jaguar.
- C'est un coupé, Monsieur.
- La chose se complique s'il est nécessaire d'en faire entrer trois.
- Oui, Monsieur.
- Eh bien, Neeves, concentrez votre esprit sur ce problème ; le temps est en marche et nous ne le rattraperons pas.
- Bien, Monsieur.

L'après-midi fut d'une chaleur paisible et somnolente. J'étais dans ma chambre, m'acquittant de la correspondance que j'avais quelque peu délaissée ces derniers temps. Les oiseaux sautillaient, les papillons voletaient. Quant à moi, j'en était au point où, dans la lettre que j'adressais à mon tailleur, je m'apprêtais à lui dire son fait au sujet de la manière dont la dernière veste en date pochait à la manche droite.
On frappa à la porte et Neeves fit son entrée, m'apportant le courrier du soir, accompagné d'une tasse d'un café léger. Je posai les lettres sur le guéridon avec indifférence.


- Eh bien, Neeves, dis-je.
- Monsieur ?
- Avez vous réfléchi à notre problème ?
- Oui, Monsieur.
- Avez vous trouvé comment faire entrer trois ce ces sièges autos dans la Jaguar ?
- Non, Monsieur, c'est impossible, Monsieur.
- Comment cela ?
- J'ai pris la liberté de me rendre chez le vendeur du siège, ainsi qu'au garage Jaguar, afin de me faire une idée précise de ce qu'il fallait concilier.
- Sage démarche, Neeves.
- Merci, Monsieur
- Alors, Neeves ?
- Alors, Monsieur, en vous épargnant les détails techniques ...
- Merci, Neeves.
- Il n'existe pas de modèle Jaguar permettant à Madame, et Monsieur de voyager avec les trois sièges destinés aux futurs enfants de Madame et Monsieur, et donc a fortiori dans le coupé XJ12 de Monsieur.
- Neeves, soupirai-je.
- J'ai continué mes recherches, Monsieur et me suis procuré quelques unes de ces revues qui traite de la question automobile.
- Et quelles sont les résultats de ces recherches, Neeves ?
- Le véhicule le plus adapté serait un monospace, Monsieur.
- Un Mono quoi, Neeves ?
- Un véhicule spacieux, doté de suffisamment de sièges pour répondre aux attentes de Monsieur.
- Un Jaguar, bien sûr, Neeves.
- J'ai peur que non, Monsieur, la marque qui me semble la plus appropriée, serait un Citroën, Monsieur, un Evasion.
Je considérai l'animal droit dans les yeux.
- Neeves, fis-je, vous dites des âneries.
- Très bien, Monsieur.
- Des sornettes.
- Très bien, Monsieur.
- Du mou de veau.
- Très bien, Monsieur.
- Un Booster ne roule pas en Citroën.
- Très bien, Monsieur.
- Très bien, Monsieur ... je veux dire, très bien, Neeves, ce sera tout, conclus-je.
Sur ce, J'avalai une infime gorgée de café non sans une certaine arrogance.


Il était assez tard lorsque je rendrai le lendemain soir. Entre les bouffée d'ozone, le bon petit dîner que le m'était offert, et la bonne chère vieille voiture qui carburait allégrement au clair de lune, j'avais retrouvé tout mon entrain. J'avais même été jusqu'à fredonner en traversant Castanet. Jamais l'esprit d'un Booster ne se laisse aller au défaitisme, et l'optimisme une fois encore régnais en maître dans le cœur de Vertram.
Ainsi donc, ce fut d'excellente humeur que je mis la voiture au garage à côté de la Morgan, et réintégrai l'appartement en fredonnant un air guilleret. J'actionnai la sonnette et, devançant mes désirs, Neeves fit son entrée chargé d'une carafe et d'un siphon.


- Je suis de retour, lui déclarai-je en me préparant un petit remontant.
- Oui Monsieur.
- Madame va bien ?
- Oui, Monsieur, elle dort.
- Très bien, Neeves
- Vous avez médité, sur notre problème automobile ?
- Oui Monsieur.
- Avec succès ?
- J'ai là une idée, Monsieur, susceptible, je crois, de résoudre votre problème.
- Je vous écoute, répondis-je.
- Il faut à Monsieur, un second véhicule, le dernier modèle de Jaguar, permet à un adulte de voyager avec trois enfants, avec les deux Jaguar toutes les possibilités sont offertes, Monsieur.
Je dévisageai notre homme.
- Combien de boîtes de sardines avez-vous avalée, Neeves ?
- Pas la moindre, Monsieur, je ne suis guère amateur de sardines.
- Vous voulez dire que vous avez conçu ceci, sans même faire appel aux forces stimulantes du poisson ?
- Oui Monsieur.
- Neeves, vous êtes unique.
- Merci, Monsieur.
- Faites le nécessaire, Neeves.
- Bien, Monsieur.
- Mais, j'y pense Neeves, Jaguar est quelque peu longuet sur les délais, il y a là une faille dans votre idée. je le regardai sévèrement.
- Non Monsieur, mon neveu Charles est responsable des approvisionnements à la concession, j'ai peur qu'un de leur client ait a attendre plus longtemps sa type E verte, elle sera là demain.
- Vous êtes une perle, Neeves.
- Merci, Monsieur.

Je m'enfonçai un peu plus profondément dans le fauteuil, et profitai de la proximité affectueuse de la carafe et du siphon.

Le lendemain soir, la livrée verte de notre nouvelle Jaguar resplendissaient dans l'avenue, rehaussée par la lumière cuivrée le la soirée qui s'éternisait.
- Belle couleur, me fit remarquer mon épouse.
- Oui, Chérie.
- Et, où comptez-vous la garer, à la place de la Morgan ?
- ...
Neeves, fit alors son entrée comme pour me sauver d'une réponse trop hâtive condamnant les charmantes virées dans le petit véhicule rouge.
- Neeves, nous avons un problème.
- Oui, Monsieur ?
- Le coupé et la Morgan occupent le garage et il n'est pas question de laisser cette automobile dehors, c'est là un détail qui vous avait échappé Neeves.

Son sourcil droit ce leva d'un millimètre et demi.
- Non, Monsieur.
- Parlez Neeves !
- Le pavillon que j'occupe à Saint-Orens est muni d'un grand garage,  si Madame et Monsieur l'acceptent, je peux y mettre à l'abri la nouvelle automobile de Madame et Monsieur, chaque soir et la ramener chaque matin.
- Qu'il en soit ainsi, Neeves. Vous pouvez nous quitter, nous nous débrouillerons pour le reste de la soirée.

Quelques instants plus tard nous regardions notre valet, regagner son modeste logis au volant d'une Jaguar flambant neuve. Quelque chose me tracasait mais je ne parviens pas à mettre le doigt dessus.



Que P. G. WODEHOUSE me pardonne pour ce (petit) pastiche.

"Il n'y a que deux sortes de lecteurs de Wodehose, ceux qui l'adorent et ceux qui ne l'ont pas lu".

On ne peut que conseiller la lecture des aventures de Bertram Wooster, purs moments de détente. Certains sont des receuils de nouvelles, particulièrement adaptés au quotidien pointilliste des parents de multiples.


En réalité nous avons écouté Neeves et avons acheté un Monospace.

Lequel ?

  • un WV Sharan.

Pourquoi ?

  • parce que nous avions commandé une Audi A4 quatre jours avant l'échographie annonçant des triplés, donc vite chez le concessionnaire WV-Audi pour changer les plans ; la Passat, trop tard, l'A6 trop chère, donc le monospace = Sharan.

Depuis

  • nous en avons changé, depuis l'été dernier nous roulons en Evasion, regrets sur la motorisation (et la ligne), mais vivent les portes coulissantes, l'absence de levier de vitesse et de frein à main entre les sièges avant. Nous avons pu utiliser les trois "gros" monospaces européen, globalement dans le contexte triplés petits, le mieux c'est l'évasion.

Quant à Neeves, il a disparu, il semblerait que la marmaille ne soit pas de son goût.